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Commémor’action à Briançon : dénoncer et rendre hommage

25.02.2025

Comme chaque année, les associations, collectifs et militants solidaires de Briançon ont pris part à la Commémor’action, journée mondiale de mobilisation contre les décès aux frontières. Ils ont exigé vérité, justice et réparation pour les victimes des politiques migratoires et leurs familles.

Entre 2014 et 2022, l’OIM a recensé plus de 50 000 décès le long des routes migratoires menant à l’Europe et à l’intérieur du continent, dont 25 104 en Méditerranée. Aux frontières alpines, depuis 2015, au moins 145 personnes exilées sont décédées.

Rendre visible, dénoncer, résister, réhumaniser, rendre justice.

Aujourd’hui plus que jamais, notre résistance est indispensable pour faire face à cette insoutenable escalade de violences et la normalisation de politiques migratoires déshumanisantes. Rendre visible, dénoncer, résister, réhumaniser, rendre justice : ce sont ces mots qui nous ont accompagné au cours cette mobilisation de 3 jours du 6 au 8 février 2024 à Briançon et à Montgenèvre.

6 février – Rassemblement d’hommage aux morts aux frontières

Une centaine de personnes s’est rassemblée au pont central de Briançon pour rendre hommage aux victimes. Les pancartes de 11 personnes décédées et 5 personnes disparues à cette frontière étaient affichées sur le pont. En fond sonore, la lecture de l’appel des familles des victimes et des témoignages de personnes exilées, rappelant les conséquences mortelles d’une traversée dans la neige. Les solidaires ont alors pris le chemin vers le lieu où un cairn avait été érigé l’an passé en mémoire aux morts aux frontières. Un mémorial qui n’avait pas survécu à la volonté du maire d’invisibiliser ces personnes décédées.

En chemin, une banderole portant l’inscription « Briançon, frontière meurtrière : hommage aux victimes » a été déployée sur les fortifications de la citadelle. Nous avons ensuite reconstruit le cairn, un geste symbolique pour réaffirmer la mémoire des disparus, leur redonner une place dans la cité et rappeler leurs noms, leur individualité.

7 février – Ciné-débat autour du film « Un paese di resistenza »

La diffusion du film de Catherine Catella et Shu Aiello sur l’histoire du village de Riace en Italie et la criminalisation de la solidarité faisait pleinement écho à la commémor’action des morts aux frontières et aux situations vécues dans le briançonnais.

8 février – Manifestation d’interpellation des forces de l’ordre

La mobilisation devait s’achever par une interpellation directe des forces de l’ordre présentes à Montgenèvre. Ces dernières sont les premières à arrêter les personnes exilées en montagne, contribuant ainsi à leur mise en danger et à des violations répétées des droits fondamentaux.

Dans l’espace de Montgenèvre où se côtoient solidaires, militants et touristes arrivés pour les vacances de février, l’exposition « Lutte des traces et lutte des places » a été mise en place.

Sur une immense carte de l’arc alpin, les manifestants ont placé, sous l’œil aiguisé de Cristina Del Biaggo, une chercheuse travaillant sur la question des morts aux frontières, des pastilles représentant les 145 morts aux frontières alpines entre 2015 et 2024.

Le cortège des solidaires s’est dirigé vers les locaux de la Police aux Frontières, avec en tête une guirlande lumineuse portant les mots de l’appel des familles des victimes « Ni oubli, ni pardon. Liberté de circulation. »

Nous étions 100 solidaires face à un dispositif de sécurité démesuré pour rendre hommage aux victimes, visibiliser les conséquences de la militarisation des frontières et défier les hiérarchies hégémoniques.